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En effet, Arthur est décédé le 15 mars, à l’âge de 92 ans. Probablement le dernier de tous, il faisait partie de ces personnages uniques en leur genre. Tout le monde l’appelait par son prénom, ce qui se fait peu en Allemagne. Les habitués de sa table d’hôtes (Stammtisch); ainsi que les nombreuses personnes qui appréciaient sa nature excentrique, et son enthousiasme musical, le regrettent beaucoup. C’était un patron de bistrot bien connu des Canadiens qu’il appréciait particulièrement. Il prenait plaisir à montrer les cartes postales reçues de ses amis canadiens, surtout de ceux et celles qui avaient passé de merveilleuses soirées à son auberge, la Gasthaus Brünnle,dans les années 60 - 70, alors qu’il était encore en pleine forme, et très sociable.
Deux bonnes raisons de lui rendre visite : l’atmosphère vieillotte de l’auberge, très probablement jamais restaurée depuis qu’il l’avait reçue en héritage de ses parents, et la personnalité de l’homme lui-même. Il chantait ses propres chansons, (paroles et air de sa composition), remplies de joie de vivre, et d’amour de Lahr, sa belle ville natale. Pour faire plaisir aux Canadiens, il chantait des airs folkloriques internationaux que ceux et celles-ci n’avaient aucune difficulté à reconnaître, et se faisant, s’accompagnait lui-même au piano, malgré une déformation à la main - dont une partie avait été emportée par un obus, au cours de la seconde guerre mondiale.
À partir des 80-90, les choses ralentirent un peu, mais l’auberge ne ferma jamais complètement ses portes. Vers la fin de sa vie, il en fit même sa chambre à coucher et son vivoir, n’y laissant pénétrer, d’ailleurs, que les personnes qui lui tenaient à cœur, et il fallait encore qu’il fasse beau et qu’il soit de bonne humeur ! L’auberge n’ouvrait plus qu’à des heures imprévisibles, et uniquement au cours de la journée ; si vous passiez dans la rue, il fallait regarder si la porte était ouverte ou non... Entrer dans la pièce obscurcie par lambris, meubles de bois et vitraux, donnait l’impression de pénétrer dans une capsule-témoin. Le piano à queue dominait la pièce, tandis qu’un lit de camp se dissimulait dans un coin.
La dernière chose dont je me souviens, en ce qui le concerne, remonte à ce jour ensoleillé de septembre dernier où un nouveau centre culturel et bureau de renseignements touristiques s’ouvrit dans l’ancienne mairie (Altes Rathaus) de Lahr. Je m’y dirigeais, à pied, en compagnie des élèves de ma classe d’anglais commercial de la VHS (Education aux adultes), lorsque je remarquai que la porte de l’auberge était ouverte. Je mentionnai alors que nous y entrerions sur le chemin du retour. Arthur savait qui j’étais, à cause de mes activités de représentante du Canada. Les hommes parmi nous y-arrivèrent d’abord, mais Arthur les éconduisit poliment, mais fermement, disant qu’ils n’étaient pas les bienvenus, car il ne les connaissait pas. Cependant, lorsque nous autres femmes arrivâmes, la situation changea du tout au tout ! Arthur ôta la housse qui recouvrait le piano, et, pour nous faire plaisir, se mit à jouer et interpréter divers chants, parmi lesquels «Amazing Grâce ». Je ne pouvais, naturellement, pas me douter de ce que je n’aurais jamais plus l’occasion de jouir d’un si touchant moment. Et voici qu’en novembre dernier, à la Villa Jamm du Stadtpark de Lahr, le petit-fils d’Arthur organisa une exposition de ses propres photos en noir et blanc. Ces photos m’amenèrent à réfléchir à son héritage historique, car elles montraient l’ancienne brasserie qui avait fait partie du patrimoine de nombreuses générations de sa famille. Parmi ces photos remplies de nostalgie se voyaient des bouteilles poussiéreuses, ainsi que des machines couvertes de toiles d’araignées. Le nom «Brünnle » signifie «petite fontaine », mais cette fontaine-là déversait de l’alcool, et non pas de l’eau ! Il faut savoir que la brasserie et la distillerie occupaient la plus grande partie du bâtiment, vu que, de par le passé, les aubergistes étaient presque toujours obligés de fabriquer leur propre bière. Ce genre d’activité cessa lorsqu’elle ne fut plus rentable, mais dans sa jeunesse, Arthur avait produit sa propre eau-de-vie.. Dernier d’une longue ligne de fabricants selon la méthode traditionnelle, il accepta d’en faire une démonstration pour la télévision régionale, il y a, de cela, quelques années. Pour ce qui est de la brasserie Brünnle, ce qui double l’intérêt c’est qu’il n’y toucha plus pendant de nombreuses années, et que le temps y est resté comme en attente. À cela, il y a, malheureusement, un désavantage : l’édifice laissé à l’abandon menace ruine, et un bouleau pousse même à travers le toit. Les héritiers d’Arthur seront probablement tentés de vendre cette propriété de valeur historique, auquel cas le bâtiment sera alors probablement démoli et des constructions nouvelles y essaimeront ce qui serait vraiment dommage...
Trisha Cornforth
Traduction française : Gabrielle Folange-Feuerherm
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